Héroïne malgré elle. Hier, tandis que des Egyptiens mouraient aux abords de la célèbre place Tahrir, une icône naissait. Cette jeune femme que l’on voit sur la photo (Reuters), surnommée “la fille au soutien-gorge bleu”, est aujourd’hui une héroïne. Un symbole. En sortant de chez elle ce matin-là, elle ne devait pas s’imaginer que sa photo ferait le tour du monde le jour même. Surtout ce type de photo. On ne connait pas (encore) son nom, on ne sait pas si elle va révéler son identité mais sa photo est partout, dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans les esprits de tous ceux qui l’ont vue. La vidéo du lynchage de celle qui est désormais surnommée “Tahrir woman”, “Dignité”, “Liberté” ou “Honneur” circule. Elle ne pouvait que circuler. Difficile d’intéresser le monde aux événements egyptiens (bien qu’il s’agisse d’une révolution qui marquera l’Histoire) mais il ne peut pas ignorer ces images. Le monde est peut-être habitué à voir les horreurs perpétrées par les militaires sur des hommes, plus ou moins jeunes. Mais toucher à la femme, c’est toucher à l’interdit, au sacré, surtout dans une société comme la société egyptienne. Et puis les mots “femme musulmane dénudée” attirent forcément, voyeurisme oblige.
Les militaires sont certainement allés trop loin en arrachant les vêtements d’une femme, sans doute musulmane, apparemment voilée et vêtue d’une abaya. On savait que cette tenue ne signifiait rien à leurs yeux depuis que Samira Ibrahim, voilée elle aussi, a parlé des “tests de virginité” que l’armée lui a fait subir en janvier. Mais là, nous sommes témoins de la scène d’une rare violence. Qu’elle se manifeste ou pas, “la fille au soutien-gorge bleu” est aujourd’hui un symbole de cette contestation. Elle est la preuve que des femmes egyptiennes bravent la peur (et vont continuer à le faire) pour défendre leurs droits et leur pays. Non, ces femmes, musulmanes ou non, voilées ou non voilées, ne sont pas soumises et n’ont absolument pas de conseil à recevoir. Elles pourraient plutôt donner des leçons de courage, mais ne le feront pas. Parce qu’elles savent ce que signifie l’humilité. “Tahrir woman”, une femme parmi tant d’autres et toutes les Egyptiennes à la fois. Comme l’ont écrit des Egyptiens sur twitter, elle est “leur mère, leur soeur, leur femme, leur amie”. Bien plus que cela pour l’un d’eux, elle est l’Egypte.
PS : Après avoir pris l’avis de plusieurs personnes sur Twitter et avoir échangé avec elles, j’ai décidé de flouter la photo.
Photo : Ahmad Almasry
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