Pourquoi Martine Aubry
Ce déséquilibre dans les soutiens apportés par les quatre candidats du premier tour de la Primaire à François Hollande me laisse un peu dubitatif et me pousse à exprimer un soutien public à Martine Aubry.
Martine Aubry et François Hollande sont capables de battre Nicolas Sarkozy. L’argument voulant que le candidat ou la candidate devrait recevoir une large majorité de voix pour être légitime est irrecevable : le/la candidatE désignéE aura pour base un programme commun au parti socialiste avec une différenciation se faisant principalement sur les méthodes permettant de réaliser ce programme et sur certains points marquant leur sensibilité politique.
Manuel Valls et Jean-Michel Baylet se reportant sur François Hollande, jusque là tout va bien dans cette Primaire à la réussite inattendue. Lorsque Ségolène Royal rejoint les deux candidats précédents, la machine commence à se gripper. Et Arnaud Montebourg achève le processus d’escamotage et décrédibilise la Primaire dont il clame par ailleurs la paternité.
La campagne de la Primaire n’est pas la campagne Présidentielle, il ne s’agit pas ici de battre Nicolas Sarkozy mais de désigner un programme et une personne pour le porter et le représenter. Si le but primaire de cette primaire n’était pas celui-ci, alors son succès citoyen aura été vain, l’espoir qu’elle a suscité dans une partie de la population immanquablement déçu et sa raison d’être dégradée. Peu importe que le candidat désigné ait une large ou une courte majorité : le programme défendu sera le programme commun et les anciens rivaux seront regroupés face à l’adversaire. Car ce sera grâce à cette rivalité que le projet aura été travaillé, complété et affiné, et que la dynamique aura été lancée contre précisément l’adversité.
Et puis quelle drôle d’idée de donner à présent une telle importance à cet adversaire. Ce serait donc lui, in fine, qui imposerait un candidat contre un autre par la magie d’un sentiment spéculant sur le fait que ce candidat serait plus à même de le combattre.
Les deux candidats peuvent donc battre Nicolas Sarkozy. Mais après l’élection ? Le 6 mai 2012 n’est pas une fin en soi. À cet égard, Martine Aubry semble la plus apte à la fonction présidentielle. Son expérience exécutive et sa plus grande visibilité internationale sont un grand avantage, tout comme son volontarisme, outil de caractère indispensable à la panoplie de la personnalité d’un chef d’État. Pour ceux qui en douterait : demandez aux (nombreux) déçus de Barack Obama ce qu’ils en pensent. Elle est en outre capable de consensus sans tomber dans le compromis permanent pendant que son rival semble baigner dans l’accommodement continu, les aimables compositions et leur corolaire, la demi-mesure.
François Hollande veut être « normal ». Qu’il se rassure, il l’est. Il veut mettre toute son énergie sur la jeunesse. Il n’est visiblement pas le seul au parti socialiste.
Je reste convaincu que Ségolène Royal était la meilleure présidentiable pour 2012. Hélas…
Martine Aubry étant aussi « normale » que François Hollande, s’intéressant tout autant à la jeunesse, je vote Martine Aubry, capable de remettre les valeurs républicaines au centre du débat social et la société au centre du débat politique.
Malik Berkati
Berlin, le 14 octobre 2011
http://twitter.com/berkati
Le 9 octobre, je vote Royal!
Malik Berkati
http://twitter.com/berkati
P.S. Je vote Ségolène Royal
P.S.
Une amie française me dit : « Mais pourquoi tu t’occupes de nous. Qu’est-ce que tu en as à faire. Même moi, cela ne m’intéresse pas ! »
C’est vrai, tiens, pourquoi diable est-ce que je m’intéresse à vous ? Il y a quelques jours, j’adressais une lettre aux camarades citoyens français(1), les enjoignant à aller voter à la primaire socialiste. En vain la concernant. Elle n’ira probablement pas voter. J’en suis d’autant plus désolé que cette déception qu’elle éprouve envers la classe politique française serait atténuée si elle prenait la peine de regarder le parcours d’une candidate à cette primaire : Ségolène Royal.
Oui, elle a déçu nombre de personnes pendant la campagne présidentielle de 2007 et suscité l’incompréhension au soir de la défaite. Mais depuis, elle a évolué. L’évolution chez un être humain est quelque chose de remarquable. Nul besoin de s’occuper de politique pour le savoir, il suffit de regarder dans son quotidien et faire face à soi-même pour le constater. Ne me croyez pas sur parole : écoutez vous-même, lorsqu’elle reconnaît ses erreurs(2).
Cela n’explique toujours pas à cette amie pourquoi je m’occupe de ce qu’elle pense ne pas devoir me regarder. En post-scriptum à ma missive du 15 septembre, je lui réponds enfin :
Le spectacle que la France politique donne en ce moment est pathétique, je ne laisse pas tomber, je m’occupe de vous et j’en ai à faire. Tout simplement car, à l’instar du monde entier qui se sentait concerné lorsque Georges W. Bush avait été élu, moi, en tant que citoyen du monde, je suis concerné par la politique de la France en pleine déliquescence, particulièrement par sa politique étrangère et européenne.
Je vis dans le même monde que vous et je vote donc, symboliquement, Ségolène Royal.
Pour l’Afrique. Pour l’Europe.
Accessoirement, pour vous Français également. Elle semble être la seule à pouvoir redonner une stature à cette fonction présidentielle entachée, salie et gangrénée par des affaires en tous genres qui, dans n’importe quel pays européen, mis à part l’Italie, auraient amené à des démissions en série. Depuis le début du quinquennat de M. Sarkozy, le monde assiste mi-amusé mi-effaré à la course-poursuite que se font le chef de l’État français et le chef du Conseil italien, M. Berlusconi, dans le théâtre de Guignol.
Je ne suis pas bonimenteur : les autres candidats sont également valables à cet égard et, tout comme Ségolène Royal, à même de redresser quelques pans éventrés de votre pays. Mais cela ne sera facile pour personne et aucun d’eux ne pourra accomplir de miracles dans ces champ dévastés qui vont bien au-delà de vos frontières, quelles soient nationales ou européennes.
Ségolène Royal n’apporte pas de potions magiques. Elle vient avec un projet. Ce projet commun à son parti, elle le porte avec une assurance prenant source dans son expérience de femme politique aux nombreuses fonctions à responsabilité et, ces dernières années, en tant que présidente de région. Certes une région n’est pas le pays. Mais c’est un indice, un mètre-étalon, un atelier permettant d’adapter certains éléments à plus grande échelle. Ne me croyez pas sur parole : regardez vous-même son bilan(3).
Ségolène Royal porte dans ses paroles, dans son attitude une idée de l’État et une vision de la nation. Elle ne se contente pas de réagir aux événements qui agitent le monde et à ses soubresauts, elle pense la société qu’elle veut réconcilier avec elle-même après toutes ces années passées par certains à essayer de dresser ses composantes les unes contre les autres.
Mais surtout, elle vous propose une alliance. Non pas une simple lettre de procuration pour gérer le quotidien en votre nom, mais un retour au contrat social qui a été déchiré méthodiquement et avec acharnement depuis plusieurs années. Ségolène Royal vous propose une alliance dans le sens entier du terme : il y a une part des choses qui lui revient et une part des choses qui vous revient. Elle vous demande de participer, elle écoute vos doléances comme vos idées, car dans ce projet de redressement du pays, l’effort ne peut être que collectif. Ne me croyez pas sur parole : lisez vous-même son pacte avec la nation (4).
Malik Berkati
Berlin, le 3 octobre 2011
http://twitter.com/berkati
PS. Les 9 et 16 octobre, allez voter, pour qui vous voulez, mais allez voter !
1.http://www.desirsdavenirparis.fr/article-utilisez-votre-voix-par-malik-berkati-84628137.html
2.http://www.france24.com/fr/20110626-france-segolene-royal-declare-officiellement-candidate-primaire-socialiste-presidentielle
3.http://www.segoleneroyal2012.fr/segolene-royal/
4.http://www.segoleneroyal2012.fr/blog/actualites/le-contrat-de-segolene-royal-avec-la-nation
Lettre aux camarades citoyens français
Chers camarades citoyens français,
Je ne vous comprends pas.
Vous êtes passionnés par la politique. Vous en parlez du petit-déjeuner au dîner en passant par le goûter. Et pourtant, un grand nombre d’entre vous ne semble pas avoir décidé d’utiliser son droit de vote à la primaire socialiste.
Je suis de deux pays. L’un de mes pays m’a accordé le droit de vote à 18 ans mais n’a jamais montré un intérêt particulier à ma voix : si j’entérine, parfait, sinon tant pis, cela n’influe pas sur son fonctionnement. Mon autre pays, qui m’a donné le droit de vote à 21 ans, à l’inverse, n’a de cesse de se préoccuper de mon avis, au moins quatre fois par an et sur plusieurs sujets simultanément au niveau national, ce à quoi il faut ajouter les convocations régionales et locales régulières. Parfois, je l’avoue, je suis perplexe devant mon bulletin de vote et la/les question/s posée/s. Reconnaissant, j’exprime cependant chaque fois mon opinion plus ou moins éclairé ; même lorsque je ne comprends pas tout à fait le sujet présenté, je m’oblige à me décider d’une manière ou d’une autre, en suivant les recommandations d’un ou plusieurs partis, en me renseignant auprès de personnes plus expertes. Ce droit que l’on m’accorde est parfois un devoir astreignant. Mais avant tout, cet acte que j’accomplis reflète ma responsabilité citoyenne. Ce que je pourrais faire avec mon autre pays, à savoir rejeter tous les maux de l’État sur son déficit démocratique, je ne peux pas le faire avec ce pays : après tout, mon avis est systématiquement demandé, et peu importe si je vote régulièrement à contre-courant de la majorité, mon vote minoritaire compte toujours, fait avancer les choses et donne plus de puissance à ma voix pour une prochaine fois mieux travailler à convaincre les autres.
Fort de cette double expérience, je vous observe, mes camarades citoyens français, d’un air un peu dubitatif. Vous avez l’occasion d’influer doublement sur votre destin ainsi que sur celui de votre pays, de l’Europe et de la marche du monde en pré-choisissant un des candidats majeur de votre élection présidentielle à venir. Certes, vous êtes politiquement gourmands, mais je ne suis pas sûr que vous soyez assez gourmets en la matière pour faire ainsi la fine bouche. J’habite un pays tiers à mes deux pays, mon spectre de comportement citoyen et démocratique est donc assez large. Dans ce pays tiers, il y a également des élections régionales et communales régulières qui ont une extrême importance en comparaison avec la Francentralisée. Dans ce pays, les citoyens n’ont pas oublié qu’ils ont en grande partie leur destin en main : ils le prennent donc, avec plus ou moins de succès, de courage ou d’innovation, sans se retrancher derrière la représentation mythifiée d’une classe politique planant sur les autres classes constituant la société.
Pourquoi pas les Français ?
Se replier sur la réputée médiocrité ou fossilisation de la classe politique n’a pas de sens. Vous, citoyens, l’avez portée là où elle est ; vous avez mis ses composantEs là où elles/ils sont ; c’est vous qui leur avez donné le pouvoir qu’elles/ils ont.
Il est effectivement moins fatigant et plus confortable de laisser les autres décider pour soi, râler après coup, puis au mieux voter par défaut, au pire s’abstenir. La paresse citoyenne est un vil luxe, un fléau qui pourrit de l’intérieur les démocraties repues, un péché honteux des sociétés républicaines : dissoudre la citoyenneté dans la masse informe du corps électoral, c’est dissoudre la société civile dans l’irresponsabilité indifférenciée.
Je ne suis pas Français, je ne crois pas en un creuset républicain transcendant, mais si je devais reconnaître l’existence d’un élément de ce mythe français, le seul réellement pertinent, le plus noble et universel, c’est celui de l’égalité de droit à exprimer sa voix.
Camarades Français, vous qui par ailleurs aimez tellement parler : utilisez votre voix !
Malik Berkati
Berlin, le 15 septembre 2011
https://twitter.com/berkati