UE et référemdum - dessin de Hermann - Tribune de Genève

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Arundhati Roy, la résistante

Arundhati Roy, écrivaine indienne, est née dans le Shillong, nord-est de l’Inde et a grandi dans le Kerala. A 16 ans départ pour New Dehli où elle a étudié l’architecture et a travaillé comme actrice et scénariste. Son premier roman semi-autobiographie “The God of Small Things” (Le Dieu des Petits Riens) en 1997 lui vaut une renommée internationale et de nombreux prix, dont le prestigieux Man Booker Prize for Fiction. Depuis les essais nucléaires indien en 1998, Arundhati Roy se concentre sur ses activités militantes et écrit des essais politiques tout en menant un engagement sur le terrain. Ses thèmes de prédilection: lutte contre le nucléaire, la privatisation des ressources énergétiques, le nationalisme hindou, l’écologie, la globalisation et la politique mondiale militariste et économique, la manipulation des médias, la guerre en Irak, Bush.
Arundhati Roy vient présenter son dernier essai à l’International Literatur Festival de Berlin lors de la cérémonie d’ouverture du 9 septembre 2009: “Listening to Grasshoppers: Field Notes on Democracy”.

Extraits de la conférence de presse donnée le 8 septembre. Propos recueillis par Malik Berkati:

La ligne entre la démocratie et l’économie est si mince que le système semble fonctionner, mais il ne fonctionne pas. La question de cette démocratie: avons-nous vraiment un choix? Si 10% de la population fait la décision, cela est considéré en Inde comme une énorme majorité. Le problème est structurel. L’institution de la Cour Suprême décide de tout et cette institution n’est pas démocratique.

Le problème de la globalisation, c’est qu’elle empêche la construction de démocraties individuelles, tout est inter-connecté.”

Le problème n’est pas de savoir si des civils sont tués en Afghanistan. D’ailleurs qu’est-ce qu’un civil, un taliban ou un milicien? L’occident en fait un paradigme, une construction artificielle, car la vraie question n’est pas là: quand vous faites la guerre, vous tuez, même des civils, c’est le prix que tous les Etats prennent en compte car le bénéfice reste plus grand que de ne pas faire la guerre. La vraie question est ce que fait l’armée allemande là-bas?”

Les gens me décrivent comme une militante de la paix, mais moi je me sens mieux avec le terme “résistant”.

L’Inde se colonise elle-même en exploitant ses ressources, ses matières premières au détriment des populations. Elle se militarise pour se battre contre les populations qui résistent, se soulèvent et quand quelqu’un résiste, c’est forcément un terroriste. Il y a beaucoup de violence en ce moment, l’armée est prête à la guerre.”

Je ne sais pas ce que “le terrorisme venant du Pakistan” veut dire. Tout ce qui se passe au Cachemire, que ce soit violent ou non-violent, c’est du terrorisme. Les forces de l’ordre ont le droit de tirer juste “sur suspicion”, la torture est autorisée, tout est criminalisé, même les moyens démocratiques de protestations tels que les manifestation, la critique, les marches.

Pour la dernière campagne électorale, il y a eu plus d’argent dépensé que pour celle des Etats-Unis. D’où vient tout cet argent? La démocratie donne une couverture aux grandes entreprises, aux multinationales, et après les élections, personne ne demande rien, ne pose de questions, car l’Inde est est une démocratie. Mais vous avez des régions où le niveau de nutrition est plus bas que les plus pauvres pays sub-sahariens, l’environnement est détruit, il n’y a plus une rivière prope en Inde, les ressources premières sont privatisées, les gens sont dépossédés de leurs maisons, de leurs champs, tout ceci viole les droits humains de base, mais les gens ne comptent plus dans ce système. Il n’ y a plus besoin d’armes pour tuer les gens. Les Hindous avec leur rhétorique fasciste contre les musulmans attaquent les gens, mais l’économie est une autre manière d’attaquer, plus subtile mais tout aussi efficace.”

J’essaie de ne pas trop penser à Barack Obama, dans le sens où je ne suis pas quelqu’un qui pense qu’un seul être humain peut changer le monde. De toute façon, il peut avoir un caractère sympathique mais dans la position qu’il occupe, il ne peut certainement pas révolutionner les choses.”

Après l’attaque du parlement et l’arrestation des suspects, j’ai suivi l’affaire et découvert que le système de l’accusation était composé pour moitié de vérités pour moitié de mensonges, que des preuves avaient été fabriquées et lors du jugement, il avait été constaté par la cour qu’il n’y avait pas de preuves définitives de la culpabilité des accusés, mais un paragraphes additionnel disait “afin de satisfaire la conscience collective de la société, les accusés sont condamnés à mort”. Alors même si après chaque essai politique je me dis que je vais rester tranquille, que je vais écrire autre chose, mais quand je vois de telles choses je ne peux pas. peut-être devrais-je venir habiter en Allemagne pour écrire tranquillement.”

Photo: Malik Berkati, 8 septembre 2009 Berlin
De l’idée de la démocratie

Combien de temps cela peut-il durer? Décidément, le centre politico-économique du monde n’en finira pas de ne pas comprendre. Et les retours de bâtons donnés par ceux qui habitent dans sa périphérie avec, comme arme la plus dangeureuse, la simple évocation du comportement du centre du monde vis-à-vis de ceux qui n’ont pas beaucoup plus que les yeux pour pleurer, qu’ils se fassent tuer par les uns, les autres ou la misère, ne cesseront de les étonner, eux qui ont besoin d’équipements high-tec pour anéantir des vilains en savattes et haillons équipés de matériaux de récupération.
Pendant des semaines, le centre du monde a été animé par le scandale des élections en Iran. Il est vrai que d’ordinaire les élections en Tunisie, en Géorgie, au Kosovo ou en Inde, pour n’en citer que quelques-unes, se passent comme sur des roulettes.
Et qu’entend-on ces jours-ci sur celles organisées pour et par les alliés occupant une terre aride aux nappes phréatiques remplies de sang? Pas grand chose à vrai dire, mis à part les lénifiantes explications de l’importance d’un processus démocratique à poursuivre coûte que coûte dans cette région du monde. Et cela coûte. Beaucoup d’argent pour le centre militaro-économique. Beaucoup de vie et de souffrances et de peurs pour les citoyens d’un Etat qui n’existe qu’à travers l’image-mirage d’un président ne régnant que par la volonté des chefs occidentaux et les indulgences achetées aux chefs de tribus.
Aujourd’hui, les médias sont priés de ne pas parler systématiquement des attaques d’intimidations des insurgés afin de ne pas effrayer le cityoen afghan, qui ne rêve certainement que de mettre son bulletin de vote dans l’urne, la veille du ramadan. Mieux encore, les troupes alliées ont cessé leurs attaques contre les insurgés pour pouvoir sécuriser au maximum les locaux de vote. Ils espèrent ainsi pouvoir contenir à un maximum de 1% le nombre de bureaux de vote n’ouvrant pas leurs portes. C’est que l’enjeu est des plus importants: le président Karzaï qui est au non-pouvoir de ce pays depuis 2001 risquerait de ne pas être élu au 1er tour si le bon peuple, qui n’a pas encore compris -les ingrat! Des écoles ont pourtant été ouvertes, non?- que peu importe la misère tant qu’on a la démocratie, ne va pas voter. Effet colatéral -une fois n’est pas coutume- pour les alliés, une image écornée (non, non, ce n’est pas de l’humour) de leur champion-alibi dans les contrées où personne ne comprend rien à rien à cette région, où tout le monde confond, amalgame et manipule tout. Et donc, le risque de devoir quand même expliquer pourquoi le centre du monde a perdu depuis au moins 3 ans déjà la bataille devant des va-nu-pieds, pourquoi la vraie guerre se joue dans un pays voisin que l’on ne peut pas trop secouer pour des raisons militaro-géo-politiques, pourquoi, à côté, le problème de l’Iran c’est une pièce bien montée (avec les raisons profondes de la représentation, mais là, cela serait presque miraculeux d’en arriver à ce point de transparence) mais de moinde importance.
Et ne parlons même pas du casse-tête des organisateurs de la farce démocratique afghane s’ils devaient remobiliser toute cette infrastructure argentière et militaire pour organiser un 2ème tour!
Ah, soif de démocratie quand tu nous tiens!

MaB